Formes de sphère

Posted on

Où peut commencer la description d’une sphère ? Où se trouve le point de départ ? J’ai cherché quelques objets à la maison pouvant me donner une ligne de crédit pour ce début. J’ai choisi un petit calendrier que j’ai reçu – avec d’autre matériel- de la Jaxa  – l’Agence Spatiale Japonaise – suite à ma participation au projet du Poème en Chaîne sur l’Espace . La dernière partie du calendrier est une photographie de la Terre vue de l’espace cosmique , “Full Earth-Rise” réalisée en haute définition par la caméra de télévision  Kaguya (Selene). L’image de la terre est une sphère bleue. Le calendrier se tient près d’un rosier japonais, contre la fenêtre. Sur un petit bureau tout proche, est posé le livre de Michio Nakahara, “Message des Papillons”.


Dans le livre de Michio Nakahara, parmi les premiers haikus, ceux du Nouvel-An, et les derniers, ceux de l’hiver, deux d’entre eux contiennent une sphère. La première est “une boule de plumes, perdue”, la seconde est un “pissenlit”. En fait, je pense qu’il s’agit de la même sphère. La boule, tombée “pendant le temps où je dormais” , dixit le poète, se transforme en fin de compte en un pissenlit “effleurant l’âme de la poussière”. Un chemin. Une vie. 

Un chemin, mais pas avec une trajectoire droite, directe, comprise entre un début et une fin, mais un chemin passant par un labyrinthe. Car le labyrinthe du livre de Michio Nakahara signifie la solitude au jour le jour, une solitude ponctuelle, le vieillissement, “le rêve qui s’empêtre dans le liseron”, en quête de petits faits, comme par exemple “de minces feuilles de glace” qui empêchent l’idée du suicide. D’ailleurs, l’un des mots que l’on rencontre le plus souvent dans ces haikus est “perdu”. Il suggère cette idée de labyrinthe. Le coeur du poète est peut-être un lieu du même genre.

vie de grue –
chair vive, perdue
dans mon coeur

Est-ce qu’il voudrait voler, ce coq ? Il se sent bien là, à l’intérieur du poète ou bien voudrait-il sortir dehors ? Un coq errant. Le fil d’Ariane dans la mythologie qui aide Thésée à sortir du labyrinthe est, en fin de compte, d’une autre nature que celle matérielle.

Vieillissant
rampant hors du labyrinthe –
mouche en automne

L’automne tel un labyrinthe, voilà ce que suggère Michio Nakahara. Le fil d’Ariane est la lumière vers laquelle rampe la mouche pour sortir des pièges des ténèbres.

La balle égarée au Nouvel-An traverse ce labyrinthe pour se transformer finalement en pissenlit. Tout le tourment du labyrinthe, toute cette lutte, se perd dans le calme de la sphère lumineuse. De la matière, il ne reste rien,  si ce n’est l’esprit qui a temporairement habité en elle. Une sphère matérielle, une sphère spirituelle. Une balle et un pissenlit.

Clelia Ifrim

Traduction et notes : Nicole Pottier

papadi

***

Texte original en roumain :

Forme de sferă

Advertisements

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s

%d bloggers like this: