L’herbe de Kusatsu

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Canne d’aveugle –
de loin la crécelle
appelle le printemps

Je pense que voyager, même virtuellement, jusqu’à la léproserie de Kusatsu, nommé aussi “le Port aux herbes”, où vit le poète Murakoshi Kaseki demande une préparation particulière. J’ai choisi les trois premiers sujets qui me sont venus en tête : Job, l’homme juste et bon de la Bible, le poème de Sylvia PlathLady Lazarus” et une image d’un village situé en Dobrogea où se trouve la dernière léproserie d’Europe.

Un homme, une femme et une collectivité. Ces trois éléments contituent à mon sens l’image d’une clochette d’argile. Peut-être est-ce juste une clochette perdue, comme le mentionne Murakoshi Kaseki dans un autre haiku. le son de celle-ci me servira de guide dans ce voyage jusqu’à Kusatsu, le Port aux Herbes, où vit Murakoshi Kaseki, souffrant de la lèpre depuis qu’il a 16 ans. Un poète contemporain, ou bien un enfant vivant toujours le rêve de sa mère. Même si là-bas, dans la colonie de lépreux, isolé dans une cour, aveugle, l’enfant et la mère ne peuvent être séparés. A Kusatsu, du fait qu’il s’agit d’un lieu spécial, le passage des saisons n’a plus qu’une importance temporaire. Sur un plan spirituel, à Kusatsu, le printemps est éternel. La mère et l’enfant rêvent le même rêve. L’herbe avant d’être né. 

Lorsque je me suis renseignée la première fois sur la léproserie de Kusatsu, j’ai cherché l’endroit sur une carte sur internet. Il se situe au nord de Tokyo. je voulais voir ce lieu, tout en sachant que ce n’est pas ce type de “vision” matérielle qui est demandée pour comprendre les haiku de Murakoshi Kaseki.
J’ai fait sonner à nouveau la clochette trouvée, et j’ai suivi le son de celle-ci comme sur une carte lumineuse.

Pont d’argile –
le printemps est venu
là-bas aussi déjà
(2)

Nous sommes à l’aube d’un jour de printemps. Quelque part, dans le lointain, les montagnes comme des témoins silencieux, solennels. Le bruit du monde éphémère est resté plus loin, en arrière. Le vent souffle doucement dans l’herbe montant jusqu’au genou.

Monts verdoyants –
quand je naîtrai à nouveau
je voudrais être un cheval
(3)

Dans le folklore roumain, on dit que rêver d’un cheval signifie qu’une belle jeune fille va venir dans ton rêve. Le printemps à Kusatsu a le visage de cette jolie fille, dont les cheveux volent au vent.

Clelia Ifrim

chevaux 17

Traduction et photo : Nicole Pottier

*

(1, 2, 3) : Murakoshi Kaseki, revue ”Ko”, printemps – été 2004.

Article publié initialement en langue anglaise, dans la revue “Ko– Haiku Magazine, nr. printemps – été 2011 (Nagoya, Japonia).

Publié dans la revue Ploc! N°50 – février 2014.

***

Texte original en roumain :

Iarba de la Kusatsu

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